CO2solidaire : compensation et solidarite climatique

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La plateforme de compensation des associations françaises

CO₂Solidaire est le programme de compensation carbone volontaire initié et porté par le GERES. Il tient le rôle de facilitateur pour 2 autres associations françaises: Initiative développement et Bleu-Blanc-Cœur. Ethique et transparence sont les valeurs fondatrices de notre programme qui donne la priorité aux actions de terrain.

Que faut-il penser de l'Accord de Paris du 12 décembre 2015?

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unfccc accord paris hQuelques éléments d'analyse de l’Accord de Paris par Vanessa Laubin, Renaud Bettin et Antoine Martin-Chave.

On sentait, lors de la dernière plénière samedi en fin de journée, la fébrilité, la fatigue et l'émotion mélangées, conduisant la plupart des diplomates présents à parler de moment "historique", notamment dû à la force de la diplomatie française. On a pu ressentir également que tous se racontaient un peu une histoire. Il suffisait pour s’en rendre compte d'écouter la cheffe de délégation du Venezuela faire les louanges de Laurent Fabius, alors que les 15 jours précédents, son équipe n’avait pas cessé de mettre des bâtons dans les roues du processus multilatéral.

Depuis, pléthore de déclarations et d'analyses ont fleuri, la plupart très positives, d'autres plus critiques. Au GERES, si nous nous réjouissons de l’élan impulsé par l’Accord à l’issue des deux semaines de négociations intenses durant la COP21, nous partageons nos inquiétudes et nos points de vigilance.

Essayons d’y voir plus clair !

« Cet accord est historique » : oui, c'est une première.

Le 12 décembre 2015, Laurent Fabius a réussi un tour de force diplomatique : faire embarquer l'ensemble des 195 Parties dans l'adoption d'un accord sur le climat incluant tous les Pays, quel que soit leur niveau de développement, pour "limiter le réchauffement climatique bien en deçà des +2°C (par rapport à 1880)", voire de poursuivre les efforts pour le limiter à +1,5°C, comme le recommandent les scientifiques du GIEC. Cet accord a vocation à encadrer l'action climatique pour le siècle à venir, autant dire qu'il est bienvenu et qu'il a le grand mérite d'exister.

En revanche, s'il a été adopté, rien ne garantit qu'il soit signé par les 195 Parties. Il faudra que 55 Parties, comptant pour 55% des émissions de gaz à effet de serre, le signent d'ici au 21 avril 2017 pour qu'il entre effectivement en vigueur. Si les gros émetteurs (parmi lesquels les Etats-Unis, l'Inde, la Chine ou la Russie) ne le signent pas, la portée « historique » restera donc purement diplomatique.

« Cet accord est universel » : oui.

Il a été construit avec l’ensemble des Etats, même les plus petits.

Plusieurs de ces derniers ont évoqué la transparence des discussions et leur satisfaction de pouvoir faire entendre leurs revendications. Cette participation de tous est une avancée par rapport au précédent protocole de Kyoto, construit par 38 pays et fixant des règles pour eux-mêmes, les autres Etats étant reconnus hors course justement. Une nouvelle gouvernance climatique mondiale semble donc émerger avec cet Accord de Paris, vu comme ambitieux et à portée universelle.

« Cet accord est juridiquement contraignant » : oui et non.

Il l'est, dans le sens où il s'agit d'un traité. Les Parties doivent donc "l'opérer de bonne foi", comme il est dit dans le droit international. Mais le langage utilisé dans cet accord ne comporte quasiment aucune obligation : tout repose donc sur la seule bonne volonté des Etats. Et surtout, il sera possible de sortir de l'Accord à tout moment. Sans aucune sanction... Dans la mesure où il n'existe pas d'Organisation mondiale de l'environnement, et encore moins de Tribunal international du climat, cela n'aurait de toutes façons pas eu beaucoup de sens. Rappelons que le Protocole de Kyoto, qui a été en vigueur de 1997 à 2007, comportait un régime de sanctions pour les Pays n'atteignant pas leurs engagements - sanctions qui n'ont jamais été appliquées. Afin de tenir compte de ce bilan, un mécanisme de transparence inclus dans l’Accord de Paris prévoit que les efforts de chacun puissent être affichés publiquement, ce qui pourrait s’avérer plus efficace que les sanctions prévues dans Kyoto.

« Cet accord donne un signal » : oui, c'est vrai.

Il donne un signal fort pour orienter l'action, notamment celle des Etats, des investisseurs, du secteur privé, des collectivités. Ceci va permettre, peu à peu, de développer les économies décarbonées et moins dépendantes des énergies fossiles. En revanche, et c'est inquiétant, c’est que l’Accord ne donne pas d'orientations sur la façon d'y arriver. Préalablement à la COP21, 155 Etats ont mis sur la table en 2015 leurs engagements volontaires sur la limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre (nommés INDC). Bien que ces contributions couvrent près de 90% des émissions mondiales, la somme des engagements nous place sur une trajectoire climatique mondiale à +3,5°C. C’est bien loin des +1,5°C tel que défini dans le texte (rappelons au passage que le réchauffement global a déjà atteint +0,9°C environ). L’action avant 2020, date d’entrée en vigueur de l’Accord est donc cruciale. Ce laps de temps doit absolument être mis à profit pour revoir à la hausse les ambitions des INDC. Or l’Accord propose une simple mise à jour en 2018 et un premier bilan en 2023. Il faut aller plus vite ! Par ailleurs, en parlant d'un pic des émissions "le plus tôt possible", puis de leur réduction rapide pour atteindre une sorte de "neutralité des émissions dans la seconde moitié du siècle" (lorsque les puits de carbone - c'est-à-dire les forêts, les sols, les océans, absorberaient autant que d'émissions produites), on ne règle absolument pas la question de l’indispensable baisse de la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, rendant assez illusoire l'objectif de +1,5°C. Or, ce sont des territoires entiers et des vies qui sont en jeu. Pas un simple jeu comptable.

Pour le GERES, il faut surtout que les émissions diminuent drastiquement à la source d’ici 2050, pour que l’objectif des 2°C soit tenu. Nous considérons que la compensation carbone est un outil utile, mais à condition que de vrais efforts de réduction d’émissions soient d’abord effectués par les entreprises ou les particuliers. C’est la même approche qui doit être promue au niveau mondial.

« 100 milliards de dollars par an » : à voir...

Pour que la dynamique vers les +2°C puisse être suivie des faits, les ressources allouées à l’adaptation et la transition vers un modèle durable doivent aussi être concrètes : 100 milliards de dollars annuels à destination des pays en développement ont été définis comme un plancher, mais seulement à partir de 2020, et ce montant ne pourra être revu à la hausse qu’à partir de 2025. Aujourd’hui 80 milliards de dollars sont péniblement additionnés, avec des outils financiers pas forcément adaptés. Mais ces fonds ne sont pas suffisamment identifiables et prévisibles pour les pays les plus vulnérables. Autrement dit : les contributions prévues par les Etats nous placent actuellement sur une trajectoire de +3,5°C, mais si ces 100 milliards annuels ne sont pas correctement investis, la trajectoire pourrait être pire.  Et si les moyens financiers pour les pays vulnérables manquent à l’appel c’est l’atteinte même des Objectifs de Développement Durable qui sont compromis.

« Cet accord est le fruit d’un large consensus » : oui, et c’est là sa limite.

Des mentions importantes sont apparues dans le préambule, l’égalité homme/femme, le lien entre les générations, les droits des peuples autochtones, le rôle des forêts et la notion de Terre-Mère, etc.  Mais la portée juridique de ces mentions est très limitée et de nombreux sujets chers aux ONG ont été mis de côté ou affaiblis afin d'atteindre un compromis à 195 Parties, tel que le respect des droits humains et de la sécurité alimentaire, la justice climatique, la sécurisation de financements à la hauteur du défi pour les pays les plus vulnérables… Seules quelques voix dissonantes ont soulevé ces limites à l'occasion de la dernière séance plénière (le Nicaragua et l’Equateur notamment), essayant de nuancer cet auto-satisfecit général.

Le GERES considère donc cet accord non pas comme un aboutissement mais comme un élan.

Afficher un tel objectif mondial d’une intention de transition énergétique et écologique est un signal fort, qui pourrait démultiplier durablement les initiatives, l’émergence de solutions et la réorientation des investissements. Autant dire qu'il reste encore beaucoup à faire, à l'issue de cette COP21. L’Accord de Paris s’est fait l’écho de la dynamique amorcée partout dans le monde, mais n’a pas encore mis en place les outils nécessaires pour amplifier le mouvement. Au-delà des accords politiques, qui restent largement en deçà des enjeux, nous sommes persuadés que c’est au niveau des régions, des villes, des entreprises, du secteur financier et des pratiques individuelles que se joue la transition. Nous entrons dans une phase décisive où les champions de la transition énergétique et de la Solidarité climatique devront être nombreux à se déclarer, sans attendre que le voisin fasse le premier pas.

Espérons que, d’ici 2020, les COP22, 23, 24 et 25 nous permettent de rendre plus robuste ce cadre. Il s’agira aussi de s’assurer que les pays les plus vulnérables soient réellement soutenus dans leurs besoins d’adaptation face aux conséquences du changement climatique. Car si nous entrons doucement dans l’ère du bas carbone, nous sommes déjà entrés depuis plusieurs années dans une ère où les impacts des dérèglements climatiques sont plus violents.

Il est donc grand temps de rattraper le temps perdu.

 

 

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